Hot Brass, Jazzclubs from 79 to 2004
November 10 2012
10 années après la réfection et l’expulsion du dernier cochon de la porcherie, aucun des protagonistes du début n’avait imaginé un tel chemin à parcourir. Mais trois ans avant la vente de son fonds de commerce, la providence va pousser le Hot Brass à sortir du lit de sa rivière.
Un ancien médecin de la Légion J.F. Picheral est élu Maire le 24 mars 1989 après onze années d’errances et de divagations municipale.
Hormis le Festival d’Art Lyrique qui à échappé au déclin culturel des mairies précédentes, les deux concerts Jazz à l’Archevêché (Lionel Hampton et Jon Hendricks), voulu, produit par le Hot Brass et obtenu de haute lutte et le petit underground qui se nourrit de caves et de boui bouis, la ville n’a pas connu de chaleurs estivales et d’émois festifs intra muros depuis les Saltimbanques de Jean Digne sous la mairie Ciccolini.
Le restaurant La Haute Volta à fermé ses portes en 87 et laissé la place au Damier qui cartonne aux extrêmes de la stupidité de ses videurs et de la fréquentation hystérique de son sous sol africain.
En 89,donc, la culture populaire a la tête dans la cuvette des WC.
Débarque alors à Aix, un « chargé de traquer l’émulation culturelle » et développer un truc musical permettant de décompresser un peu plus que l’apnée évangélique que l’on éprouve assis dans les sièges de la cour de l’Evêché à l’écoute du chant des cantatrices. Le bonhomme fait le tour de la ville et finit par atterrir sans parachute dans les fauteuils de caravelle du Hot Brass. Et a défaut d’avoir trouvé une ambiance équivalente ailleurs, attrape Artero et lui propose de monter un machin musical.
Artero le puisatier y voit là encore une occasion de remplir un vide à coup de truelles musicales et de mettre le jazz à la portée de tous, le distiller à travers les ruelles comme le fumet d’une cuisson savoureuse, l’introduire dans les boudoirs et les antichambres de la bourgeoisie du centre, le cimenter sur la place publique sans prévenir à coups de bétonneuses, de pron et de piano blindé. Il baptise son festival «Summertime, les voies du Jazz», histoire d’être dans le sujet au sens propre et figuré.
General Motors et Dumez Méditerranée, sont partenaires et sponsors, Jacques Delors est président d’honneur et 600 000 FF de subventions vont permettre et ce, durant trois années de transformer la ville tous les étés en paradis musical et d’offrir aux aixois, de la rue jusque sous les ors de la bourgeoisie, un bronzage sonore aux rayons gamma et sans UV.
Artero attaque à l’apéro et fait courir la musique sur le pavé, dans les restaurants, occupe les places, les placettes, les porches, inonde le cours de Jazz New Orleans et de break dance, remplit le théâtre avec une comédie musicale noire américaine, érige le piano en céramique jaune et touches vertes d’Alain Vagh sur la place de la Cathédrale au milieu du peuple, et s’il ne lui en fallait qu’un, les poules auraient des dents de sabres.
Il réquisitionne donc tous les clandestins à cordes frappées dans les appartements à dentelles des notables du centre pour des concerts à trente places et 100 ff sur chaise moelleuse et fait tourner les musiciens.
Un fou furieux ! Entouré d’une trentaine d’autres fous furieux, l’ équipe du Hot Brass et les bénévoles du JAM !
Blasphématoire comme le jazz à ses débuts, il investit la Bastille, pardon l’Archevêché, et révolutionne le Théâtre du Jeu de Paume.
Comble de la subversion, les trois quarts des manifestations sont gratuites, touristes et autochtones sont scotchés aux animations déambulatoires et tous ceux qui sortent faire leurs courses à la supérette du coin ne rentrent pas pour dîner.
Pendant ces trois ans, Artero s’acharne à expulser les gens de chez eux et les jeter sans scrupules à la rue, «implacable mais charmant, rusé mais agréable, patient mais actif, gentil mais fatal». un adage qui résume presque à lui tout seul toute l’ambiance résultant d’une programmation qui ne fait aucun défaut.
Artero ne marche pas à la popularité des stars, il veut du ludique, de l’instantané, du brassage, il veut que ça bourdonne, transformer la place publique en essaim d’abeilles, les lieux en ruches et offrir une grande tournée d’un miel qui se déguste avec les yeux et les oreilles.
c’est ainsi que...